| Mis à jour le mercredi 7 juin
2000
LE 9 JUIN, cela fera tout juste
un an qu'il n'a pas vu ses filles. « C'est de plus en plus long.
J'ai peur de devenir un étranger pour elles. » Depuis
un mois, Xavier Tinel, chauffeur de poids lourd pour une commune des Hauts-de-Seine,
est en grève de la faim, chez lui à Argenteuil (Val-d'Oise).
A chacun de ses interlocuteurs, il pose cette même question : «
A quoi sert la justice française si elle n'est pas respectée
au sein de l'Union européenne ? »
Après dix années de mariage,
son épouse est repartie vers son Allemagne natale le 9 juin 1999,
avec les deux enfants du couple, Tiffany (neuf ans) et Vanessa (six ans).
Xavier Tinel a porté plainte au commissariat pour enlèvement
d'enfants et déposé une requête auprès du ministère
de la justice, chargé de l'application de la Convention internationale
de La Haye (1980) - qui, dans ce cas, prévoit le retour immédiat
des enfants dans leur pays de résidence habituelle. Le 5 juillet
1999, une ordonnance provisoire de non-conciliation du tribunal de Pontoise
lui a confié la garde (la « résidence habituelle
») de ses filles et l'autorité parentale exclusive.
Jugement confirmé, le 14 Juillet
1999, par le tribunal d'instance de Munich, qui déboute la mère
de sa demande de garde des enfants, reconnaît l'enlèvement
et la compétence exclusive du tribunal français... ? mais
omet d'ordonner le retour des enfants à leur domicile. Deux mois
plus tard, la cour régionale supérieure de Munich se prononce
contre un retour des enfants en France qui ne serait pas « conforme
à leur intérêt ». Et la situation se fige.
En janvier, Xavier Tinel, qui tente une visite à ses filles, fait,
durant vingt-sept heures, l'expérience des prisons allemandes, «
comme un chien, comme un assassin ».
SITUATIONS DE FAIT
Cette affaire a un goût d'échec
pour la commission parlementaire franco-allemande de médiation,
instituée en octobre 1999 par les ministres de la justice des deux
pays pour trouver des solutions extrajudiciaires à ces litiges qui
empoisonnent les relations franco-allemandes depuis de longues années.
Le dossier Tinel était le premier dont avait été saisie
la commission... Pierre Cardo, député (DL) des Yvelines,
Pervenche Bérès, députée européenne
(PS), et la sénatrice (PS) Dinah Derycke, les trois parlementaires
français de cette commission binationale, ont d'abord dû,
longuement, attendre que leurs homologues allemands soient nommés.
Puis ont entrepris un travail de « compréhension, de création
d'un réseau relationnel, de rapprochement des cultures, explique
M. Cardo. En Allemagne, par exemple, un enfant prend facilement le nom
de son beau-père. Ce qui traumatise les pères français,
qui, un beau jour, en sont informés par courrier ».
Après plus de six mois de ce
travail de fourmi, Mme Bérès évoque le «
changement réel des autorités allemandes », qui,
lors des premières réunions de la Commission, refusaient
encore d'employer le mot « enlèvement ». Xavier
Tinel avait, le 31 mars, obtenu un entretien téléphonique
de trois minutes avec ses filles. Le 13 mai, une visite d'une journée
à ses enfants lui avait même été accordée,
à la condition qu'il accepte d'être surveillé. Offre
que Xavier Tinel, « écoeuré » et sûr
de son bon droit, a déclinée. Il veut récupérer
la garde de ses enfants, « qui ne parlaient même pas allemand
avant leur enlèvement ».
Les parlementaires craignent, eux,
que les premiers résultats laborieusement engrangés soient
remis en cause : « La Commission ne peut que regretter le refus
du père d'honorer cette visite chez ses enfants », refus
qui risque de « handicaper nombre d'autres dossiers »,
indiquait un communiqué de presse. D'ici quelques semaines, la Commission
dressera le premier bilan de son activité. « On dénombre
pour l'instant une soixantaine d'enlèvements d'enfants vers l'Allemagne,
précise
M. Cardo . Ils ne peuvent que se multiplier avec le développement
des mariages binationaux en Europe. Or, pour l'instant, les retours d'enfants
partis en Allemagne demeurent très rares. »
La lenteur de la justice française
, « qui laisse s'installer en Allemagne des situations de
fait dont il est difficile de s'extraire », est en partie responsable
de ces blocages, admet M. Cardo. Dans son rapport, la Commission de médiation
devrait d'ailleurs réclamer un interlocuteur spécifique par
cour d'appel. Mais M. Cardo s'interroge surtout sur l'organisation de la
justice allemande, qui laisse une grande latitude d'action aux Länder
; sur le non-respect de certaines décisions de justice allemandes,
sans sanction ; ou sur l'interprétation très extensive, par
l'autorité centrale chargée de l'application de la Convention
de La Haye, de l'article 13 de ce texte, qui prévoit, pour seule
exception au rapatriement de l'enfant dans son pays, les cas où
ce retour présenterait pour lui un danger.
« Dès que l'enfant
a résidé au moins six mois en Allemagne, les juges estiment
qu'il y a pour l'enfant un danger psychologique à revenir en France.
Le problème de fond, estime M. Cardo, c'est qu'aucune juridiction
n'est compétente pour juger de la bonne application de la Convention
de La Haye. Et que la justice allemande n'a pas vraiment intégré
la notion de supranationalité. » Un règlement adopté
le 29 mai à Bruxelles par les ministres de la justice des quinze
pays de l'Union ( Le Monde du 1er juin 2000) devrait l'y aider.
A partir du 1er mars 2001, un seul juge européen, celui du ressort
sur lequel se trouvait la résidence habituelle des époux
avant leur séparation, statuera sur le divorce et la garde des enfants.
En cas de non-respect de ce règlement, un recours sera possible
devant la Cour de justice européenne.
Pascale Krémer
Le Monde daté du jeudi 8
juin 2000 |
Le
Monde, 08.06.2000
Ein Vater im Hungerstreik, um seine Kinder wiederzubekommen, die von
ihrer Mutter in Deutschland festgehalten werden
Ein erster Fall, der der deutsch-französischen parlamentarischen
Mediationskommission übertragen wird
Seit einem Monat führt Xavier Tinel einen Hungerstreik, um gegen
die Entführung seiner beiden Kinder nach Deutschland im Juni 1999
durch die Mutter zu protestieren. In diesem Fall, dem ersten, der vor die
deutsch-französische parlamentarische Mediationskommission gebracht
wurde, hatte die französische Justiz das Sorgerecht für die
Kinder dem Vater übertragen, ein deutsches Gericht hatte sich aber
gegen ihre Rückkehr nach Frankreich ausgesprochen.
Von Pascale Krémer
AM 9. JUNI wird es genau ein Jahr sein, dass er seine Töchter nicht
gesehen hat. "Es wird immer länger. Ich habe Angst, für sie ein
Fremder zu werden." Seit einem Monat ist Xavier Tinel, Lastwagenfahrer
für eine Gemeinde der Hauts-de-Seine, bei sich in Argenteuil (Val-d'Oise)
im
Hungerstreik. Allen seinen Gesprächspartnern stellt er diese gleiche
Frage: "Wozu nutzt die französische Justiz, wenn sie innerhalb der
Europäischen Union nicht respektiert wird?"
Nach zehn Jahren Ehe ist seine Frau am 9. Juni 1999 mit den zwei Kindern
des Paares, Tiffany (neun Jahre) und Vanessa (sechs Jahre), in ihre Heimat
Deutschland abgereist. Xavier Tinel hat beim Kommissariat Anzeige wegen
Kindesentführung erstattet und einen Antrag beim Justizministerium
gestellt, welches für die Anwendung der internationalen Haager Konvention
(1980) zuständig ist - die in diesem Fall die sofortige Rückkehr
der Kinder in das Land ihres gewöhnlichen Aufenthaltes vorsieht. Am
5. Juli 1999 hat ihm eine einstweilige Nichtversöhnungsverfügung
des Gerichts Pontoise das Sorgerecht (den "gewöhnlichen Aufenthalt")
für seine Töchter sowie die alleinige elterliche Gewalt zugesprochen.
Dieses Urteil wird am 14. Juli 1999 durch das Amtsgericht München
bestätigt, welches den Antrag der Mutter auf das Sorgerecht ablehnt,
die Entführung und die ausschliessliche Zuständigkeit des französischen
Gerichts anerkennt ...? es aber unterlässt, die Rückkehr der
Kinder an ihren Wohnort anzuordnen. Zwei Monate später spricht sich
das regionale Obergericht München gegen eine Rückkehr der Kinder
nach Frankreich aus, welche nicht "ihrem Wohl entsprechen" würde.
Und die Situation fährt sich fest. Im Januar macht Xavier Tinel beim
Versuch, seine Töchter zu
besuchen, während siebenundzwanzig Stunden die Erfahrung der deutschen
Gefängnisse, "wie ein Hund, wie ein Mörder".
VOLLENDETE TATSACHEN
Dieser Fall hat einen Nachgeschmack des Scheiterns für die deutsch-französiche
parlamentarische Mediationskommission, die im Oktober 1999 durch die Justizminister
beider Länder eingesetzt wurde, um für diese Streitfälle,
die seit vielen Jahren die deutsch-französischen Beziehungen vergiften,
aussergerichtliche Lösungen zu finden. Die Akte Tinel war die erste,
die vor die Kommission gebracht wurde ... Pierre Cardo, Abgeordneter (DL)
der Yvelines, Pervenche Bérès, europäische Abgeordnete
(PS), und die Senatorin (PS) Dinah Derycke, die drei französischen
Parlamentarier dieser binationalen Kommission, mussten erst lange darauf
warten, dass die entsprechenden deutschen Parlamentarier ernannt wurden.
Dann haben sie eine Arbeit der
"Verständigung, Schaffung eines Beziehungsnetzes und Annäherung
der Kulturen" geleistet, wie Herr Cardo erklärt. "Zum Beispiel nimmt
ein Kind in Deutschland leicht den Namen seines Stiefvaters an. Und dies
traumatisiert die französischen Väter, die eines schönen
Tages per Post
darüber informiert werden".
Nach mehr als sechs Monaten dieser mühseligen Kleinarbeit spricht
Frau Bérès von einer "echten Veränderung der deutschen
Behörden", welche sich während der ersten Kommissionssitzungen
noch weigerten, das Wort "Entführung" zu benutzen. Xavier Tinel durfte
am 31. März ein
dreiminütiges Telefongespräch mit seinen Töchtern führen.
Am 13. Mai war ihm sogar ein eintägiger Besuch bei seinen Kindern
erlaubt worden, unter der Bedingung, dass er einverstanden sei, beaufsichtigt
zu werden. Angebot, welches Xavier Tinel "angewidert" und sicher, im Recht
zu sein, ausgeschlagen hat. Er will das Sorgerecht für seine Kinder
zurückbekommen, "die vor ihrer Entführung nicht einmal deutsch
sprachen".
Die Parlamentarier befürchten ihrerseits, dass die ersten mühsam
erzielten Ergebnisse wieder in Frage gestellt werden: "Die Kommission kann
die Weigerung des Vaters, diesen Besuch bei seinen Kindern zu honorieren,
nur bedauern", Weigerung, welche "zahlreiche andere Fälle behindern"
könnte, wie ein Pressekommunique mitteilte. In einigen Wochen wird
die Kommission die erste Bilanz ihrer Tätigkeiten ziehen. "Man zählt
zur Zeit etwa sechzig Kindesentführungen nach Deutschland", erläutert
Herr Cardo. "Mit der Entwicklung der binationalen Eheschliessungen in Europa
können sie sich nur vervielfachen. Bisher aber bleiben die Rückkehren
von nach Deutschland weggegangenen Kindern sehr selten."
Die Langsamkeit der französischen Justiz, "welche in Deutschland
die Schaffung vollendeter Tatsachen ermöglicht, denen man sich schwer
entziehen kann," ist zum Teil mitverantwortlich für diese Blockierung,
räumt Herr Cardo ein. In ihrem Bericht dürfte die Mediationskommission
denn auch für jedes Appelationsgericht einen spezifischen Gesprächspartner
verlangen. Aber Herr Cardo hinterfragt vor allem die Organisation der deutschen
Justiz, die den Bundesländern einen grossen Handlungsspielraum lässt;
die Nichtbeachtung gewisser Entscheidungen der
deutschen Justiz, ohne dass Sanktionen ergriffen würden; oder
die sehr grosszügige Auslegung des Artikels 13 der Haager Konvention
durch die mit der Anwendung dieses Textes beauftragte Zentralbehörde.
Dieser Artikel sieht als einzige Ausnahme zur Rückführung des
Kindes in sein
Land die Fälle vor, in denen diese Rückkehr eine Gefahr für
das Kind darstellen würde.
"Sobald sich das Kind mindestens sechs Monate in Deutschland aufgehalten
hat, sind die Richter der Meinung, dass die Rückkehr nach Frankreich
eine psychologische Gefahr für das Kind darstellt. Das Grundproblem
ist", schätzt Herr Cardo, "dass keine Gerichtsbarkeit für die
Beurteilung der richtigen Anwendung der Haager Konvention zuständig
ist. Und dass die deutsche Justiz den Begiff der Supranationalität
nicht wirklich verinnerlicht hat." Dabei dürfte ihr durch eine Regelung
nachgeholfen werden, die am 29. Mai in Brüssel von den Justizministern
der fünfzehn Staaten der Union angenommen wurde (Le Monde vom 1. Juni
2000). Ab dem 1. März 2001 wird ein einziger europäischer Richter
über Scheidung und Sorgerecht entscheiden, nämlich der, in
dessen Gerichtsbezirk der gewöhnliche Aufenthaltsort der Eheleute
vor ihrer Trennung liegt. Im Falle der Nichtbeachtung dieser Regelung wird
ein Rekurs beim europäischen Gerichtshof möglich sein.
Übersetzung: C. Gut
|
L'imbroglio
franco-allemand
par Arnaud Grellier
Des centaines d'enfants de parents divorcés
sont retenus outre-Rhin. Les conventions européennes n'y changent
rien
Xavier Tinel, devant les
portraits de ses deux petites filles.
Xavier Tinel vient de célébrer un anniversaire bien
spécial. Cela fait maintenant un an qu'il n'a pas revu ses deux
filles de 6 et 8 ans, emmenées de force près de Munich par
leur mère, allemande, après le divorce des deux parents.
Pourtant, c'est bien à lui que le tribunal de Pontoise a confié
la garde de Tiffany et de Vanessa. Désemparé après
l'échec d'une tentative de visite en Allemagne, à Pâques,
cet employé communal d'Argenteuil a entamé le 8 mai une grève
de la faim, ultime recours pour attirer l'attention des autorités
françaises, qu'il juge trop complaisantes à l'égard
des décisions contradictoires des tribunaux allemands. Car, si la
convention de La Haye de 1980, ratifiée par l'Allemagne et la France,
prévoit le retour immédiat des enfants enlevés chez
le parent ayant obtenu le droit de garde, les tribunaux des Länder
allemands ne l'entendent pas de cette oreille. Invoquant la bonne adaptation
de l'enfant à son nouvel environnement germanique et le danger supposé
que représenterait pour lui la rencontre avec un parent étranger,
les tribunaux locaux n'hésitent pas à interdire toute visite
à ce parent ou à prononcer l'interdiction de sortie du territoire
de l'enfant. Et le cas Tinel est loin d'être une exception. La commission
parlementaire franco-allemande de médiation, mise en place à
la fin de 1999, traite actuellement 64 dossiers similaires. Mais l'association SOS-Enlèvements
internationaux d'enfants, qui affirme gérer plus de 150 affaires
de ce genre, estime à environ 2000 le nombre d'enfants de couples
franco-allemands retenus
outre-Rhin au mépris du droit international. L'adoption le 29
mai, par le Conseil des ministres de la Justice européens, d'un
règlement sur la reconnaissance des procédures de divorce
dans l'Union - appliquant à partir de mars 2001 la convention de
Bruxelles II, signée en 1998 par les Quinze - ne devrait pas faire
avancer les choses. Cette convention précise la compétence
des tribunaux en matière de divorces binationaux, mais renvoie à
celle de La Haye pour la question des enlèvements... Selon Françoise
Cohn-Lignard, avocate membre de SOS-Enlèvements..., ce texte
«ne règle pas le problème de l'exécution
des décisions de justice en Europe. Il manque un tribunal communautaire
chargé du rapatriement rapide des enfants enlevés».
Pour l'instant, le problème reste éminemment politique. C'est,
par exemple, l'intervention auprès des autorités allemandes
de la garde des Sceaux, Elisabeth Guigou, qui avait permis à Cosette
Lancelin de récupérer en avril 1999 ses deux enfants, enlevés
un an plus tôt par son ex-mari, Armin Tiemann. La démarche
faisait suite aux protestations de Jacques Chirac, lors du sommet franco-allemand
de Potsdam, à la fin de 1998. Le président avait alors ouvertement
accusé l'Allemagne de «hold-up» et de pratiquer la «loi
de la jungle». L'affaire Tinel commence en tout cas à faire
grand bruit outre-Rhin, où le gouvernement Schröder
subit la pression croissante des associations de parents, de la presse
locale et même étrangère, américaine notamment.
Les Etats-Unis dénoncent 63 cas officiels d'
«enlèvements» de leurs jeunes ressortissants par
des Allemands, à tel point que le Congrès a voté,
le 23 mars, une résolution condamnant fermement l'attitude de la
République fédérale. Le but:
faire pression sur Bill Clinton, qui était en visite à
Berlin le 1er juin. Le président américain a finalement obtenu
du chancelier allemand la mise en place d'un groupe de travail germano-américain
sur ce sujet. Mais Gerhard Schröder a mis un bémol à
cette mesure, en rappelant que la sacro-sainte indépendance du pouvoir
judiciaire par rapport au politique l'empêchait d'interférer
dans les décisions des tribunaux. De son côté, Jacques
Chirac relancera probablement le débat lors du sommet franco-allemand
de Mayence, le 9 juin. En espérant peut-être une amélioration
de sa situation, Xavier Tinel cherche toujours à comprendre «pourquoi
on peut faire revenir Rezala en France, dit-il, et pas nos propres enfants».
Xavier Tinel, devant les portraits de ses deux petites filles.
© P.Schwartz pour L'Express |